Cancer du sein : pourquoi le flair des chiens inspire des « nez électroniques », et ce qu'en attendent les chercheurs
Des chiens flairent la sueur de patientes à l'Institut Curie. Les chercheurs veulent en tirer des nez électroniques, sans remplacer la mammographie.
Votre chien perçoit des odeurs que vous ne soupçonnez pas, y compris celles qui accompagnent une maladie. À l'Institut Curie, des chiens entraînés flairent depuis des années des compresses portées par des femmes pour repérer un cancer du sein. Le but : copier leur talent dans des « nez électroniques », sans toucher à la mammographie.
En bref
- Les chiens ont 200 millions de récepteurs olfactifs, contre 5 à 6 millions pour nous, d'où leur flair très fin.
- KDOG1 : 80 % des échantillons positifs repérés par au moins un des deux chiens, seulement 49 % par les deux.
- La mammographie reste le moyen le plus fiable, les chercheurs visent des nez électroniques moins invasifs.
Le chiffre clé : 200 millions, récepteurs olfactifs chez le chien, contre 5 à 6 millions chez l'humain.
Un chien sent la chimie d'un corps malade, pas nous
Quand une maladie se développe, l'organisme modifie très légèrement sa chimie. Il libère des composés organiques volatils, les COV, dans l'haleine, la transpiration ou les urines. À notre niveau, rien : ces traces sont imperceptibles.
Certains chiens, eux, les repèrent. Leur nez compte 200 millions de récepteurs olfactifs. Le nôtre en compte 5 à 6 millions. Cet écart énorme explique pourquoi des scientifiques étudient depuis des années leur capacité à détecter précocement certains cancers.
Pour un propriétaire, c'est une façon de regarder son compagnon autrement. Ce qui ressemble à une simple curiosité de promenade, un museau collé au sol ou à vos vêtements, est un outil sensoriel d'une finesse que la recherche médicale cherche à comprendre.
À l'Institut Curie, KDOG fait renifler des compresses depuis 2016
En France, le programme KDOG est consacré au cancer du sein. Il est mené depuis 2016 à l'Institut Curie. Son principe tient en quelques gestes, et il n'a rien d'une machine compliquée.
- Des participantes portent une compresse sur leur sein pendant 6 à 12 heures.
- Le tissu s'imprègne de leur sueur, donc des COV qu'elle contient.
- Des chiens spécialement entraînés viennent ensuite la renifler.
L'étude clinique KDOG1 a mobilisé deux chiens : Nougaro, un Labrador, et Owen, un Malinois. Leur mission : signaler les échantillons positifs parmi les compresses qu'on leur présente.
Les résultats de KDOG1 encouragent, mais ne suffisent pas
Les conclusions de KDOG1 ont été publiées en novembre 2025. Elles sont prometteuses, sans être suffisantes. Voici ce que montrent les chiffres.
| Qui a repéré l'échantillon positif | Part des échantillons positifs identifiés |
|---|---|
| Au moins un des 2 chiens | 80 % |
| Les 2 chiens | 49 % |
L'écart entre les deux lignes compte. Quand Nougaro et Owen sont tous deux sollicités, moins d'un échantillon positif sur deux est repéré par les deux animaux à la fois. Un test qui dépend à ce point de l'animal qui flaire manque encore de régularité.
D'où la conclusion qui s'impose à ce stade : la technique ne peut pas se substituer à la mammographie, qui demeure le moyen de dépistage le plus fiable.
Le chien sert d'éclaireur pour fabriquer un nez électronique
Les chercheurs ne comptent pas installer des chiens dans les centres de dépistage. Leur étape suivante est d'identifier précisément les COV liés au cancer que les chiens flairent.
Une fois ces molécules repérées, l'idée est de concevoir des « nez électroniques » inspirés des capacités canines. L'objectif affiché : des méthodes de dépistage plus performantes et moins invasives que celles dont on dispose aujourd'hui.
Le raisonnement est simple. Le chien montre qu'une trace chimique exploitable existe dans la sueur. Reste à savoir laquelle, puis à la faire reconnaître par un instrument, qui ne se fatigue pas et ne varie pas d'un animal à l'autre.
L'assureur Agria a choisi de mettre ces travaux en avant pendant Octobre Rose. Il y voit un aspect méconnu du lien entre l'humain et l'animal, et un terrain d'exploration pour les scientifiques.
Le dépistage par mammographie reste le premier réflexe
Pendant que la recherche avance, le dépistage existant a un problème de fréquentation. En 2025, moins d'une femme sur deux, soit 47,5 %, âgée de 50 à 74 ans a participé au programme national de dépistage du cancer du sein. Ce programme repose sur une mammographie tous les 2 ans.
Il reste donc beaucoup à faire pour sensibiliser les personnes concernées. Octobre Rose, la campagne annuelle de sensibilisation, vise justement à encourager le dépistage, la prévention et le soutien aux personnes touchées.
Pour le lecteur, le message est net : l'histoire des chiens est fascinante, mais elle n'est pas une alternative. Si vous ou une proche entrez dans la tranche concernée, la mammographie reste la démarche à suivre.
Vos questions
Un chien peut-il remplacer la mammographie pour dépister un cancer du sein ?
Non. Les résultats de l'étude KDOG1 sont prometteurs mais insuffisants : 80 % des échantillons positifs ont été repérés par au moins un des deux chiens, et seulement 49 % par les deux. La mammographie demeure le moyen de dépistage le plus fiable.
Comment les chiens du programme KDOG détectent-ils la maladie ?
Des participantes portent une compresse sur le sein pendant 6 à 12 heures, ce qui l'imprègne de leur sueur. Des chiens spécialement entraînés la reniflent, car ils peuvent percevoir les composés organiques volatils que dégage l'organisme quand une maladie se développe.
Qu'est-ce qu'un nez électronique, et existe-t-il déjà ?
C'est un dispositif que les chercheurs veulent concevoir, en s'inspirant des capacités olfactives des chiens, pour dépister de façon plus performante et moins invasive. Il faut d'abord identifier les COV liés au cancer que flairent les chiens, ce sur quoi les équipes travaillent désormais.
Sources : woopets.fr.